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American Horror Story Freakshow Episode 1 : La Monstrueuse Parade

Posté le 9 octobre 2014 par

Après une saison 3 en deçà des espérances malgré une ambiance toujours aussi travaillée, Ryan Murphy et Brad Falchuk reviennent pour une saison 4 consacrée au cirque itinérant et aux « Freaks », thème cher aux créateurs de Glee et Nip/Tuck.

Cette nouvelle saison prend place en 1952, dans la petite ville de Jupiter en Floride. Un cirque itinérant arrive en ville coïncidant avec une vague de meurtre perpétré par un homme habillé en clown. Nous découvrons donc petit à petit le cirque, notamment grâce à Elsa Mars (Jessica Lange), ancienne chanteuse de cabaret d’origine allemande, sorte de Marlene Dietrich cherchant encore le succès. Elle est la dirigeante du cirque, celle qui recrute, celle qui gère, la matriarche de cette famille très particulière.

AHS

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On peut reprocher beaucoup de choses à American Horror Story, notamment son absence de cohérence ou sa propension à explorer trop de choses à la fois, mais la série sait poser une ambiance, à la fois malsaine et mélancolique. Ici, Murphy et Falchuk nous happent dès la première séquence. Le cadre est toujours aussi travaillé, les mouvements de caméra hypnotique. Dans ce premier épisode, la mise en scène est plus sobre, moins chaotique qu’à l’accoutumée. On prend le temps de capter l’ambiance, de présenter les personnages, sans mouvements superflus. La réalisation baigne dans un classicisme fort à propos. L’étrangeté, on va la chercher dans une musique très présente et très angoissante, quelques notes de piano ou une simple série de bruits. Un travail qui fait penser à la seconde saison d’Hannibal avec une musique qui envahissait littéralement le cadre, et qui provoquait une sensation d’oppression permanente. L’élément le plus malaisant, le plus fort, de cet épisode est la façon dont les « Freaks » sont exposés, la vision des autres face à la différence. Chaque personnage est d’abord filmé comme une personne comme les autres, mais il y a toujours quelque chose pour ramener les personnages à leur différence : un mouvement de caméra, un raccord dans l’axe, on ne peut échapper à sa condition comme nous spectateurs, ne pouvons pas détourner le regard.

Là est la grande force de ce premier épisode, il fascine, il titille quelque peu notre fibre voyeuriste. Avant que le show débute, on est un peu circonspect, comme le jeune homme qui vient voir le spectacle avec sa mère dans l’épisode, puis quand la monstrueuse parade commence, notre pulsion scopique prend le dessus et l’on a envie de voir. D’ailleurs, quand les Freaks rentrent sur scène, l’homme s’écrit « Freaks! » et prend des jumelles pour mieux admirer les détails de leur anatomie. Murphy et Falchuk nous déroutent, tentent de nous interroger sur notre rapport à la différence. On retrouve l’obsession des showrunners pour les inadaptés, ceux qui ne trouvent pas leur place et qui sont rejetés. Les personnages sont tiraillés entre la culture de cette différence et la volonté d’être comme les autres.

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À cet égard, les personnages de Bette et Dot Tattler (Sarah Paulson) résume assez bien ce conflit. Ce sont deux soeurs jumelles siamoises qui, bien que collées en permanence, ne partagent pas du tout la même vision de la vie ni le même caractère. Quand une semble plus naïve, tenté par une vie en communauté, l’autre est plus froide et pragmatique, voulant juste être normale. Comme d’habitude avec Murphy, ce n’est pas très subtil, mais c’est assez éloquent. Tous les protagonistes sont en conflits ne sachant pas quel chemin prendre.

La saison se dirige vers une version trash et terrifiante de Glee,  des mêmes auteurs. Un groupe rejeté de tous par leur différence va trouver un moyen de se réunir et de tenter de se faire accepter. Sauf qu’ici, la vision est beaucoup plus cynique. Les « Freaks » ne se rassemblent pas autour d’un projet de chorale, ou l’on chante des tubes du moment, mais c’est bien la haine de l’oppresseur, le dégout de la société et l’envie de vengeance violente qui va finalement unifier cette petite famille. Ce cirque est une prison et le seul souhait de ces gens est de pouvoir en sortir sans être jugé.

Ce premier épisode est donc très dense (63 minutes), mais il pose les enjeux et l’atmosphère beaucoup mieux qu’en saison 3, parvenant déjà à donner une épaisseur appréciable aux personnages. American Horror Story garde sa capacité à parler de la société sans tabou, à multiplier les références historiques ou artistiques (Freaks de Tod BrowningCarnivaleJohn Wayne Gacy…), à sortir du placard les vieux démons de l’Amérique. La suite s’annonce aussi terrifiante qu’excitante.

Jérémy Coifman.

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2 commentaires pour “American Horror Story Freakshow Episode 1 : La Monstrueuse Parade”

  1. Excellente critique que j’ai pris plaisir à lire autant que j’apprécie de visionner les épisodes d’AHS. Certains plans me font aussi penser à la Foire des Ténèbres de Ray Bradbury qui a marqué mon enfance par son insondable étrangeté.
    Bonne continuation
    Cendrine

  2. Merci beaucoup Cendrine, et bonne référence ! au plaisir de vous lire encore dans les commentaires du site ! à bientôt !

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