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Hell On Wheels : La mort dans la peau

Posté le 26 novembre 2014 par

Billet d’humeur sur Hell on Wheels, dont la magnifique et poignante saison 4 s’est achevée cette semaine sur AMC

Attention Spoiler sur TOUTE la saison 4 ! 

 

Il y a deux grandes scènes dans cette saison 4, parmi les dizaines de morceaux de bravoure et autres plans sublimes, qui ont retenu mon attention, où même, n’ayons pas peur des mots complètement bouleversés. Ces deux séquences ont plusieurs points communs, dont deux sont l’âme d’Hell On Wheels : Cullen Bohannon (Anson Mount) et la mort. En cherchant bien dans ma mémoire sériephilique, il y a peu de séquences qui m’ont procuré ce sentiment incroyable de tristesse et d’admiration. Seules les plus grandes m’ont offert ce souffle euphorisant et terrassant. Au fond de moi, j’en étais déjà convaincu, maintenant j’en suis persuadé, Hell On Wheels est un joyau, une grande série injustement mise de côté, mais qui révèle ses trésors de noirceur romanesque aux fidèles.

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Première scène, Elam Ferguson (Common) devenu fou après s’être fait attaquer par un ours, ne reconnait plus les siens et devient dangereux. Cullen Bohannon assume encore une fois le fardeau et tue son seul véritable ami. La séquence est très forte, entre folie pure et désespoir. Bohannon reste digne jusqu’au bout. Au coucher de soleil, il enterre Elam, et c’est là qu’il  réalise. Comme Cullen qui se rend compte qu’il a perdu son ami, nous suffoquons, en larme. La performance d’Anson Mount est inoubliable, la scène tout autant. Il y a une symbiose entre tous les éléments. La mise en scène, la photographie, l’acteur et l’histoire qui nous emporte. C’est un instant véritablement poignant, qui marque durablement.

Deuxième séquence, époustouflante. Ruth (Kasha Kropinski) est condamnée à la pendaison pour avoir assassiné de sang-froid le meurtrier de son fils. Ayant perdu la foi, voulant racheter ses actes, elle refuse la grâce que lui accorde la loi, malgré l’insistance d’un Bohannon dévasté. Le moment de l’exécution est une sublime séquence, aussi courageuse que belle, dirais-je même assez culottée. On suivra Ruth au plus près, sa peur grandissante, ses mains tremblotantes, ses yeux rougis de tristesse. Tout ce qu’elle cherche, c’est à capter une dernière fois le regard de Bohannon, dont elle a toujours été amoureuse. La caméra cherche Cullen, et finalement le trouve, après plusieurs longues secondes. C’est bouleversant. La séquence se terminera encore une fois en caméra subjective, l’on suivra la mort de Ruth, personnage innocent et beau, de l’intérieur. Comme la précédente scène, le souffle vient à manquer, les larmes coulent. Comme l’inoubliable scène d’exécution de la saison 3 de The Killing l’année dernière, celle-ci entre au panthéon télévisuel. Encore une fois Bohannon enterre quelqu’un qu’il aime. Le sort s’acharne.

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La saison 4, comme toute la série est hantée par la mort et par la présence tragique de Cullen Bohannon magnifique personnage, condamné à errer en enfer et à perdre tous les gens qu’il aime. Ce côté grand roman américain, Hell on Wheels le cultive avec talent. Les scénaristes et showrunners qui se sont succédé durant ces années ont imaginé, petit à petit une grande fresque américaine aux personnages forts, en créant des antagonismes presque mystiques (Bohannon et  Thor Gundersen), en jouant de grands espaces sauvages, de règlements de compte et autres figures imposées du Western. En embrassant totalement le genre, Hell on Wheels rivalise même avec Deadwood.

D’ailleurs, cette saison est celle qui se rapproche le plus de la série de David Milch. Ce quatrième segment, évoque les balbutiements d’une société fondée dans le sang et la boue, par des hommes avides de pouvoir et d’argent. On retrouve donc le discours de Deadwood, sans qu’Hell on Wheels tombe dans une redite barbante. Moins lettrée, un peu plus viscérale, elle joue avant tout sur la sauvagerie et la folie, se donne moins des aspects théâtraux pour aller au coeur de l’enfer. Car Hell on Wheels respire la folie, tout le temps. La ville de Cheyenne est une bombe à retardement prête à faire des dégâts. La montée en tension s’opère souvent assez lentement, puis tout explose. La recette est prévisible, la tragédie inévitable et au milieu de la mort, de la désolation et des cendres, reste Cullen Bohannon, toujours debout malgré la douleur.

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J’en parlerai plus longuement, la série le mérite, mais il était important de signaler l’éclatante réussite de cette saison 4. La saison 5 sera la dernière. Il reste 14 épisodes pour refermer le livre des aventures de Cullen Bohannon, sudiste maudit, ancien esclavagiste, héros romantique, tragique, complexe dans la grande tradition américaine.

Jérémy Coifman.

 

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Un commentaire pour “Hell On Wheels : La mort dans la peau”

  1. […] de la même chaine (AMC), elle ne sera jamais Breaking Bad ou Mad Men, ni même Rubicon ou Hell on Wheels, mais elle a trouvé sa voie. Elle est une sorte de série B horrifique alternant entre […]

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