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Irresponsable : La crise d’adulescence ( Series Mania)

Posté le 20 avril 2016 par

Series Mania 2016, c’est parti ! Et quoi de mieux que de débuter avec la nouvelle comédie du label OCS Signature, Irresponsable de Frederic Rosset, qui a semble-t-il enthousiasmé la foule présente le 17 avril au Ugc Ciné-Cité Les Halles.

Marion Olité, journaliste chez Konbini qui présentait la série hier sur scène, a eu vite fait d’atteindre le point Judd Apatow, sorte de point godwin de la comédie. Il est vrai que lorsqu’on aborde la vie d’un trentenaire immature qui retourne vivre chez sa mère et se découvre père d’un enfant de 15 ans, on peut bien imaginer la chronique douce-amère « apatowienne ».

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Ce n’est pas ce qui frappe aux yeux dans les quatre épisodes présentés en avant-première. Frederic Rosset a sûrement eu dans un coin de sa tête les comédies d’Apatow, pape de la comédie us, notamment la série Freaks and Geeks qu’il a produite. Mais il y a dans Irresponsable un dysfonctionnement tout autre, une mécanique bien différente des films de l’Américain. Une drôle de musique qui fait tout de suite son petit effet.

Le premier réflexe que l’on a quand on découvre l’œuvre d’un jeune auteur comme Rosset est de la comparer avec le travail des autres, pour se chercher un repère, voir ce à quoi l’on s’attend. À ce petit jeu, le créateur et toute son équipe ont réussi à donner un style très particulier à l’ensemble dès le début.

Évidemment on perçoit çà et là les influences de la bande dessinée, notamment de Riad Sattouf pour sa description vacharde mais toujours tendre de l’adolescence. Mais la volonté est claire dès la première scène : vouloir montrer la comédie Française sous un autre jour. Les dialogues sont plus naturels, les répliques très bien écrites fusent avec fluidité, tout s’enchaine assez follement. La série n’hésite pas à multiplier les styles comiques sans avoir peur du ridicule, du désuet. L’humour de « Stoner Movies » succède au burlesque le plus épuré sans perdre en cohérence une seule seconde.

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Irresponsable raconte l’histoire d’un homme qui s’enfonce malgré lui dans une spirale incontrôlable. Pour ce genre de récit, il faut trouver l’acteur qui va porter presque toutes les scènes, même quand elles peuvent apparaitre quelque peu bancales. Le casting de Sébastien Chassagne tient du coup de génie. Sa trogne désabusée, son phrasé d’adolescent de 15 ans, il se révèle dès la première réplique parfait. Le personnage de Julien devient un mélange improbable de Larry David et Jim Levenstein d’American Pie. Julien est un Puceau. Oui avec un p majuscule. Pas celui qui est toujours vierge, mais celui qui reste éternellement coincé dans cet état d’esprit même adulte, repoussant sans cesse les limites de l’inconfort. Chassagne porte la série sur ses épaules, même quand on croit qu’un épisode va s’essouffler il est là pour sortir de nulle part une réplique tellement naturelle et drôle qu’on se demande la place de l’improvisation sur le plateau.

Frederic Rosset et sa sœur Camille qui ont écrit à quatre mains les épisodes de la première saison maintiennent une ambiance assez hilarante, dans le sens premier du terme. Le public à la séance riait à gorge déployée. Le sens du timing impeccable captait l’attention, l’étirement de certains gags provoquaient les réactions de malaise escomptées. Les péripéties peuvent être qualifiées de classiques, chaque épisode visionné ne propose finalement aucune surprise. L’écriture semble jeune et les facilités et autres raccourcis sont de la partie. Mais les Rosset jouent sur l’attente du spectateur, sur l’inéluctabilité des choses. Ça fonctionne à plein régime.

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Sous les rires francs, les fringues improbables de trentenaires, les multiples références savoureuses à la pop culture, Irresponsable dresse en creux un portrait générationnel assez pertinent, pas nouveau, mais touchant des adulescents de la génération 80, coincés entre le désir de vouloir « réussir leur vie » selon les critères de la société et rester adolescents pour toujours loin des responsabilités. Julien n’est pas irresponsable à proprement parlé, il joue à l’irresponsable, parce que c’est le seul rôle qu’on lui a donné depuis l’enfance, – notamment illustré dans la savoureuse scène avec l’ancien professeur –

Julien joue tout le temps. Il simule le sens des responsabilités autant que l’inconséquence, il joue le fils, l’amant, l’ami. Il est finalement plus incertain qu’irresponsable, maladroit aussi. Il transparait parfois le vrai julien, affolé, qui dit une chose et en fait une autre. Mais au lieu d’affronter les problèmes, il préfère pour l’instant prendre ses jambes à son cou.

Irresponsable a un gros potentiel pour devenir culte. Mêlant fiction générationnelle, comédie de remariage, tendresse et potache, elle pourrait si elle continue sa saison sur ce rythme, faire pas mal de remous.  Alors malgré les influences diverses, il faut se laisser porter, ne pas comparer, et juste assister aux débuts d’un possible futur grand de la fiction télé française. Vivement la suite.

Irresponsable diffusé à partir du 20 juin 2016 sur OCS.

Jérémy Coifman.

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