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Community saison 6 : le chang(ement) dans la continuité

Posté le 1 juin 2015 par

Après une annulation par NBC après cinq saisons, c’est sur Yahoo que Community a poursuivi sa route, pour un sixième chapitre ambitieux et déroutant pour beaucoup de fans de la première heure.

Quand Yahoo a annoncé la fameuse sixième saison, les fans exultaient, les réseaux sociaux s’enflammaient, les hashtags « Six Seasons and a movie » fleurissaient. Qu’en est-il aujourd’hui, alors que la saison touche à sa fin ? La série de Dan Harmon semble moins présente, on en parle moins, de la déception émerge même. Le désamour semble même plus grand que pendant la mal aimée saison 4, qui voyait Harmon quitter son siège de showrunner.  La suite des aventures de Jeff Winger et compagnie divise, mais est-elle moins bonne pour autant ?

Community; Season 6; Episode 601

Il est difficile pour le spectateur de laisser filer des personnages auxquels il s’est attaché, pourtant Community a dû se séparer de beaucoup de ses piliers. Pierce est parti, Troy aussi. Cette saison, c’est Shirley qui tire sa révérence. Le tournant après un départ est déjà ardu pour une série télé, mais quand le cast original se voit amputer de plusieurs de ses membres, on perd, il faut bien le reconnaître, la saveur originelle.

Pour Harmon, le défi était donc double : continuer de proposer ce que les gens aiment dans Community tout en s’ouvrant au changement. Cette mutation devient le problème numéro un pour les habitués. On a toujours eu énormément de sympathie pour Abed Nadir, le geek inadapté au changement, mais cette saison, nous n’avions jamais été aussi proche de son état d’esprit. Avec cette sixième saison, Harmon nous transforme en Abed, tour de force ultime. On est réticent au changement de cap. On veut l’ancien Community, celui de NBC. Pourtant on nous annonce que celui-ci appartient bel et bien au passé. Deux nouveaux personnages remplacent les partants : Frankie (Paget Brewster), rigide et froide et Elroy (Keith David) vieux briscard qui vit dans une caravane. Ils sont le symbole d’une toute autre dynamique. Ils redistribuent les cartes, et permettent aux anciens de trouver une autre place, surtout le Dean et Chang qui tout en restant des électrons libres sont le coeur du show, comme une réminiscence de l’ancienne configuration. Tous les autres protagonistes gardent leur personnalité, mais ils semblent traîner un spleen. Ils sont piles dans les thématiques de la saison, ils luttent intérieurement pour la sauvegarde de leurs convictions. Cette lutte pour le droit à la différence était déjà au centre de la série, ici elle prend une saveur particulière, parce que spectateurs et  acteurs sont conscients du chemin parcouru, des aléas de production, de tout l’amour et de toutes les craintes qui entourent le show. Le côté mélancolique devient encore plus prégnant.

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Sur Yahoo, Harmon peut redistribuer les cartes à sa guise, ou presque. Les épisodes sont un peu plus longs, ce qui donne une toute autre mécanique à l’ensemble. Le ping-pong verbal fait place a une écriture plus posée. La comédie joue sur tout autant de registres, mais en usant désormais la durée comme un élément central. On étire au maximum certaines séquences, on joue des silences pour créer un malaise certain. Le showrunner met bien en évidence sa mécanique déréglée, son tempo malhabile.

L’annulation première était la « Darkest Timeline » tant crainte par Abed, la résurrection n’est pas la plus sombre, mais on évolue clairement dans une autre dimension. Dans cette timeline, on pense plus au Larry David de Curb Your Enthusiasm, plutôt qu’à celui de Seinfeld. La série n’a pas perdu de sa folie pour autant, elle va même plus loin, n’hésitant pas quelques blagues osées, et instaurant des scènes de fin d’épisodes hilarantes et inventives. Harmon continue de jouer avec les codes de la narration, les concepts originaux. Tout ne fonctionne pas à merveille, notamment dans l’écriture, mais on a l’impression qu’ils en jouent, pour renforcer le malaise. Ses ratés, ses vannes foireuses, son écriture hasardeuse, rendent la saison encore plus belle, chancelante, toujours sur un fil, dans l’expérimentation et la générosité. La saison est également désenchantée, les illusions d’Harmon et des personnages se sont envolées. L’amertume se ressent.

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Le méta-texte cher au showrunner reste un aspect primordial, participant au côté atypique de Community. Quand la saison 4 ne parlait que de la difficulté pour les showrunners de prendre la relève d’Harmon, cette saison 6, comme dit précédemment ne parle que du changement et de sa nécessité pour la subsistance de la série. Cette fois-ci, ce n’est pas sur Abed que l’attention se porte, mais sur deux autres personnages : le Dean Pelton et Frankie, la nouvelle arrivante. Cette dernière représente deux entités, au début et à la fin de la saison. Dans un premier temps, elle symbolise la rigidité, l’austérité, c’est NBC, qui n’a plus voulu de la série, qui semblait-il mettait beaucoup de pression. Puis en milieu de saison s’opère un basculement, Frankie change, s’attache au groupe. Elle devient une sorte de leader bienveillant, symbolise le vent du renouveau. Elle appelle les autres personnages à revoir leur façon de voir sous peine d’extinction. L’ancienne façon de faire ne sauvera pas Greendale, la preuve la série a été annulée. Frankie en milieu de saison, devient Yahoo.

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Le Dean, de son côté, garde son grain de folie, son insouciance et sa bêtise. Entre Frankie et lui se construit une relation dominante-dominé. Frankie est clairement plus maligne, plus organisée. Elle le traitera d’inconséquent et d’idiot dans une scène hilarante qui en dit beaucoup plus que l’on ne croit. Greendale ne peut plus être gérée comme elle l’a été par le passé, il faut s’y faire. Le processus est long pour tout le monde. Elle prend peu à peu les commandes. Nous comme eux lâchons prise. Peu importe qui commande, peu importe ce que la série a été, elle a su évoluer tout en gardant la patte de son auteur. Cela n’enlève rien aux saisons passées, mais il semble un peu injuste de clouer au pilori une comédie qui cherche à évoluer, à renouveler ses codes avec autant de brio.

On a maintenant envie qu’elle dure encore un peu, on a envie de les voir tous revenir encore, comme eux, nous ne sommes pas encore tout à fait prêts à quitter Greendale.

Jeremy Coifman.

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