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Semaine spéciale Mr Robot : Episode 1- Hacking incomplet

Posté le 13 septembre 2015 par

Début de la semaine spéciale Mr Robot. Chaque jour de la semaine jusqu’à samedi, un invité viendra parler de son rapport à la série, entre fascination et répulsion pour certains. Ce qui est sûr c’est que la série ne laisse personne indifférent.

 ATTENTION SPOILERS SUR TOUTE LA SAISON 1 (et sur plein d’autres films aussi #jesuisvénèrejespoiletout ) 

Hack me if you can

 

Disons le clairement et d’emblée, Mr Robot est le parfait archétype du produit qui ne tient pas ses promesses. Les premières critiques dithyrambiques émanant de sites influents en la matière avaient mis l’eau à la bouche des amateurs de séries et geeks en tous genres. Un curieux casting, une charte de nommage des épisodes énigmatique (clin d’oeil évident au piratage de contenus) et un sujet ô combien contemporain. Il n’en fallait pas plus pour agréger les regards autour de cette toute nouvelle production. Hélas, cent fois hélas, il faudra cependant bien reconnaître que l’enthousiasme suscité par les deux voire trois premiers épisodes survit difficilement à deux écueils de taille. Les grosses ficelles ultra classiques, battues et rebattues du scénario d’abord. Ensuite, les intrigues secondaires qui sauront, souhaitons le, occuper une vraie fonction narrative ultérieurement dans une éventuelle deuxième saison. Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Mr Robot restera un produit audiovisuel honorable et un bel essai dans le tout petit monde des évocations justes de la chose informatique.

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Tyler Durden, je suis ton père

 

Merde. Je vous en conjure, messieurs les scénaristes, STOP. Je n’en peux plus de cet éternel twist familial qui consiste à faire basculer les récits en introduisant systématiquement sans aucune lubrification le ressort du « je suis ton père / ton frère / ton cousin / la réincarnation de ta belle sœur ». Vous avez tous vu Star Wars. Très bien. Mais nous aussi. C’est bien là le nœud du problème. Le nombre de fictions plus ou moins récentes qui ont abusé de cette  »astuce » est proprement scandaleux. Citons en pagaille Dexter (première saison), Chuck, Black List … Est-ce qu’il serait possible d’arrêter de nous prendre pour des cons 5 minutes ?

Alors, reconnaissons le. Mr Robot apporte une petite touche  »originale » au twist généalogique : ce père tombant du ciel n’est que l’image du défunt paternel que le torturé Elliot a emprunté comme son double schizophrénique. Et là bingo. Mr Robot rappelle évidemment Fight Club dans son propos, Identity dans sa mécanique narrative, The Machinist dans son ambiance … Malheureusement la série souffre un peu de la comparaison. Là où ses aînés avaient réussi à rendre à peine plausibles les interactions entre les personnages (à quelques détails près réservés aux fanatiques adeptes des revisionnages au ralenti), Mr Robot foire complètement son tissu relationnel et vire au nawak le plus total. Prenons pour exemple quelques scènes. La plus frappante, la bagarre avec Romero (la caution black du produit) qui envisage de quitter le groupe. Cette altercation qui intervient en gros à la moitié de l’histoire, DEVRAIT connaître une répercussion dans les relations entre les personnages. Walou, que dalle, nib, nada, RIEN. L’histoire se poursuit calmement. Comme si de rien n’était. Passons sur la désintoxication, l’improbable chute de la rambarde sur le front de mer, le passage à la maison d’enfance … Absolument RIEN de ce qui se déroule n’est justifié autrement que par la schizophrénie du personnage principal. Un mec se parlant dans un café tout en s’étranglant lui-même. Le tout filmé/monté un peu à l’arrache sans aucun artifice de mise en scène. Vous êtes sérieux ? On peut en effet considérer que tout développement narratif n’a pas vocation à être nécessairement résolu. Là où le bât blesse c’est qu’ici, rien ne l’est jamais. Et c’est ainsi que nous en arrivons aux intrigues secondaires qui se terminent pour la plupart en culs de sacs dans la consternation la plus totale. Le meurtre de Shayla (et le verbiage inutile, qui s’étire sur DEUX PUTAIN d’épisodes, de Fernando le dealer) sans aucune conséquence sur la suite de l’intrigue. Le meurtre de Sharon par Tyler sur le toit de l’immeuble. Non, messieurs les scénaristes, pour dessiner un personnage de psychopathe/arriviste/menteur … 30 lignes de dialogues d’un couple, tout en non-dit, dans une quelconque langue scandinave, ce n’est pas tout à fait acceptable ni crédible. La faute en incombe probablement à un espace narratif restreint à 6 heures de métrage et 5/6 personnages importants. Bâtir une intrigue complexe, menée par des caractères suffisamment travaillés dans une boîte aussi petite, le pari était osé et il n’est malheureusement pas tenu.

 


TyrellWellick

A fond la forme

MAIS ! Pour notre bonheur, la série est tout de même remarquablement habillée.

  1. La photo est sublime. Les jeux d’ombre et de profondeurs de champ évoquent souvent le travail de chef op comme Gordon Willis. Même si le tout est parfois gâché par de douteux partis pris de cadrage. Retenons tout de même le dernier plan séquence post générique à la toute fin de la série. En prime, celui-ci fait l’objet de l’ultime cliffhanger laissant présager d’un plus vaste complot probablement éclairci dans la saison 2.
  2. La bande son vient te claquer le cul à coup de trique quand tu t’y attends le moins. Citons cette monumentale reprise du ‘‘Ne me quitte pas » de Brel, en anglais dans le texte par Neil Diamond.
  3. Le retour de Christian Slater, qu’on avait adoré détester dans ses nombreux nanars alimentaires depuis 15 ans, nous donne la nostalgie de ses débuts dans le Nom de la Rose.
  4. Et évidemment Rami Malek, le vrai atout de la série. Son jeu minimaliste transpire le malaise permanent.
  5. Le dernier gros point positif : le réalisme. Si l’on fait l’impasse sur les aspects abracadabrantesques du scénario, le tout donne assez bien le change. Le jargon technique et les exploits de hacking se tiennent (à peu près). Tout y est plausible et visiblement étrangement prophétique, étayé par des stock shots d’actualité (on y voit même pêle mêle, Hollande, Fabius, Merckel …). C’est là aussi une vraie valeur ajoutée : le modernisme, bien trop rare dans les fictions actuelles.

 

Loin d’être déplaisante dans son entièreté, cette première saison souffre toutefois de défauts narratifs inacceptables à ce niveau d’ambition. Gageons que les auteurs/producteurs sauront tirer les enseignements des erreurs passées.

@SiJeResume

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Un commentaire pour “Semaine spéciale Mr Robot : Episode 1- Hacking incomplet”

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