Scrotal Recall

Scrotal Recall saison 1 : L’infectieuse mélancolie

Posté le 5 novembre 2014 par

Scrotal Recall, un nom qui donne immédiatement envie de regarder ce qui se cache derrière. Drôle et trash, on s’attend à quelque chose de complètement barré.

Nous ne sommes pas déçus quand on lit le pitch. Un homme se voit diagnostiquer une chlamydiose et est forcé de contacter ses anciennes partenaires pour les informer. Des prémices pareilles ont le don de réveiller tous les amateurs de comédies trashs. Et effectivement, la série se montre souvent assez crue dans l’exécution des dialogues et la mise en place des situations. Scrotal Recall est une comédie qui ose beaucoup, n’a pas peur d’aller vers des directions un peu scabreuses.

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Elle ressemble beaucoup à You’re The Worst, la petite perle de comédie us diffusée sur FX, qui ne recule devant aucune situation et n’évite aucun sujet, jouant le plus souvent de la gène des personnages et du spectateur. Ce mimétisme ne s’arrête pas là puisque les deux séries ne livrent pas d’emblée tout leur potentiel. Il faut passer les premières minutes en trompe-l’oeil, le cynisme et la provocation. Scotal Recall ne sera pas une énième comédie adolescente graveleuse, un brin immature, qui ne provoque que le rire gras. Dès le premier épisode, la série se révèle à nos yeux comme un petit bijou de tendresse et de spleen, parlant plus d’une génération et d’une quête d’amour que d’une maladie sexuellement transmissible.

Pour évoquer ces sujets sensibles, Tom Edge le créateur s’amuse avec la structure du récit, le déconstruit et joue sur différentes temporalités. On y observe Dylan ( Johnny Flynn), l’infecté, et ses deux meilleurs amis Luke ( Daniel Ings) et Evie (Antonia Thomas) au présent, mais aussi dans le passé pour tenter de comprendre les rouages d’une situation encore plus compliquée qu’il n’y parait. Les épisodes se focalisent sur une ex-conquête de Dylan, sur la rencontre, l’évocation de leur relation, d’un soir ou plus. La structure en stand-alone et les thèmes de société forts font entrer la série dans une autre sphère. Plus intimiste, mélancolique et inquiète, elle rappelle la très belle Dates de Bryan Esley, qui en quelques épisodes et personnages dressait un magnifique portrait sociétal. Les fils de l’intrigue se délient tandis que les épisodes avancent, et cette construction permet d’aborder différentes thématiques telles que la solitude, le sexe, la famille, le mariage tout en renouvelant à chaque fois ses effets comiques.

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De ce côté-ci, Scrotal Recall est très réussie. Elle a pour elle de ne jamais se reposer sur ses effets, aussi aboutis soient-ils. Elle varie le comique, allant du burlesque au trash en passant par le doux-amer. Chaque épisode est changeant tout en gardant une forte personnalité, ceci grâce à des personnages principaux finement croqués et interprétés, des seconds rôles marquants, très drôles ou émouvants et un habillage musical fort à-propos, aux sonorités rock/folk/electro, totalement dans l’air du temps. C’est ce qui est la plus grande réussite de la série, comme Dates ou You’re The Worst citées plus haut, elle cerne quelque chose de notre époque, de cette génération de jeunes adultes, elle dégage un spleen mêlé d’espoir tout en réservant de véritables moments de comédie. C’est une fiction un peu à part, totalement atypique, un peu à l’image de son personnage principal, trop doux et idéaliste. Petite série, mais énorme coup de coeur.

Jérémy Coifman.

 

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