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The Crimson Field : Les femmes de l’ombre

Posté le 23 avril 2014 par

En cette année 2014, marquant le centième anniversaire de la Grande Guerre, la BBC voit les choses en grand.

De 2014 à 2018, la chaîne diffusera pas moins de 130 programmes télé ou radio sur cet événement majeur de notre temps. Plus de 2500 heures, dont 650 de contenus spécialement créés pour l’occasion. The Crimson Field, écrit par Sarah Phelps (Great Expectations) fait partie de ce prestigieux ensemble.

1916 à Boulogne, une jeune anglaise descend d’un bateau. Pleine de détermination et de caractère, elle éconduit des hommes qui veulent grossièrement la séduire. Kitty Trevelyan (Oona Chaplin) semble être une femme forte que rien n’arrête. Elle arrive en compagnie de deux infirmières dans un camp du Nord de la France, dans lequel les soldats sont soignés avant de repartir au combat ou démobilisés. Il y a Rosalie Berwick (Marianne Oldham), qui suit les règles à la lettre, ce qui dans un premier temps lui attire les foudres de Kitty, et Flora Marshall (Alice St Clair), inexpérimentée, maladroite et vouant d’emblée une admiration sans bornes pour les personnes plus aventureuses. Leur arrivée plonge le spectateur dans un monde chaotique hanté par la mort et la douleur.

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Kitty (Oona Chaplin)

The Crimson Field se montre d’emblée très empathique, avec sa musique un peu pompière et son générique indiquant avec un gros panneau lumineux : « attention, grande histoire romanesque à l’anglaise. » Ce n’est pourtant pas ce que ces deux premiers épisodes nous font ressentir. Sarah Phelps prend le parti de la douleur sous-jacente, des peurs invisibles. Le destin de ses trois personnages au caractère très marqué n’a rien d’original certes, mais le point de vue féminin apporte un côté tragique assez touchant. Les infirmières et les sœurs qui gèrent l’hôpital sont gangrenées par l’impossibilité de faire plus, d’agir vraiment pour le bien. Se déroulant uniquement dans cet établissement de fortune, The Crimson Field se penche sur les conséquences d’un conflit qui s’enlise, plutôt qu’aux énormes batailles épiques. La petite histoire dans la grande a souvent été source de récits passionnants.

The Crimson Field est une série de femmes, qui parle de leur condition avec pertinence. Dans ce camp, on trouve de jeunes volontaires à la situation précaire, instrumentalisées ou mises au rencard. Mais le plus intéressant réside dans le portrait fait d’une sœur plus âgée, Margaret Quayle (Kerry Fox), qui a accompli  de considérables exploits, mais qui n’ obtient toujours pas la reconnaissance qu’elle mérite. Vieillissante, elle sent sa position de plus en plus menacée par la présence de femmes dans la force de l’âge, gagnant leurs galons plus vite. Là se trouve la grande force de The Crimson Field : savoir parler de la société actuelle sans pour autant tomber dans une écriture pataude et sursignifiante.

Les deux premiers épisodes sont une réussite certaine. Sous ses atours d’épopée romanesque un peu lourde, elle se concentre sur l’intime, pour le meilleur. En ne montrant que les conséquences des batailles, elle en accentue la portée.

Jérémy Coifman.

The Crimson Field sera diffusé samedi 26 avril durant le festival Séries Mania. Le programme ici.

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