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The X-Files – Numéro 1 : La Philo selon Philippe

Posté le 11 avril 2014 par

Pour inaugurer la rubrique The X-Files, consacrée aux séries si affreuses qu’on les raye de notre mémoire, on reste en France, et l’on plonge précisément dans l’âge d’or d’AB Productions.

Attention, cet article contient des spoilers sur une des plus belles scènes de l’histoire de la télévision.

 

Jean-Luc Azoulay, plus connu sous le nom de Jean-François Porry, Co fondateur d’AB Productions, s’est illustré dans les années 80-90 en écrivant toutes les chansons de Dorothée, des Musclés et de toute la fabuleuse troupe. Mais surtout, il a créé des sitcoms en grand nombre. Premiers baisersHélène et les garçonsLe Miel et les abeillesLes Filles d’à côté, c’est lui. Creusons un peu et partons du côté des séries un peu moins emblématiques que les atermoiements amoureux d’Hélène ou de Justine.

1995, TF1 lance à 17 h 50 entre Hélène et les garçons et Alerte à MalibuLa Philo selon Philippe. Racontant les aventures…d’un professeur de philo s’appelant Philippe, dans une classe de terminale littéraire. Il est beau gosse Philippe, et intelligent, tellement, qu’il attire l’attention de Sophie et Florence, deux adolescentes plus intéressées par son sourire (magnifique euphémisme) que par les écrits de Kant ou Spinoza. Pourtant, ce n’est pas faute d’essayer, lui qui les cite à tout bout de champ. La philo selon Philippe représente la quintessence du style Porry. Une série produite à la chaîne, à raison d’un épisode par jour, avec des acteurs presque tous amateurs et un n’importe quoi élevé au rang d’art.

Philippe (Yannick Debain)

Philippe (Yannick Debain)

La Sitcom, au fil de ses 98 chapitres, révèle des trésors de bêtise surprenant à chaque fois par sa propension à dépasser toutes  les attentes. C’est bien simple, on passe le plus clair du temps la main sur les yeux, à se dire qu’il est impossible d’avoir réalisé de telles énormités. On atteint sans mal le degré zéro de la fiction télévisée, même pour quelqu’un qui a vu les intégrales de Sept à la maison ou Walker Texas Ranger. Cette série accomplit un grand exploit : il n’y a pas une seule chose de réussie, pas un acteur ou une réplique à sauver du naufrage, tout est affreux. Les comédiens oublient d’ailleurs souvent leur texte, ou le récitent comme des élèves de cm2 débiteraient un poème, en moins convaincant. Le genre auquel Porry s’attaque repose essentiellement sur une qualité d’écriture et le sens du rythme. Évidemment, nous avons le droit ici à des silences gênés, des gags qui tombent à plat en permanence, et des dialogues ahurissants, qui ne peuvent que provoquer l’hilarité ou l’embarras.

On retrouve également les leçons de morales si chères à Jean-François Porry, qui nous apprend que la drogue et l’alcool dégradent, ou que le sexe sans préservatifs c’est « non non non ». Mais dans le même temps, il n’oublie pas de considérer toutes les femmes comme des nymphomanes ou des meubles, de porter des jugements complètement idiots ou de tout simplement raconter des bêtises inimaginables (le fameux : « Il écoute du Jazz, donc il est seul »). La série se pare souvent, comme beaucoup de production AB, de ses atours homophobes. Oui, La Philo selon Philippe est moralement rance et ça rend les choses encore plus drôles. Cela symbolise tout à fait la toute-puissance d’alors de Jean-François Porry, qui pouvait absolument tout se permettre. Ses programmes représentaient plus de 30h d’antenne sur TF1 chaque semaine ! Des heures de relents machistes, homophobes et sexiste, qui prenaient parfois pas mal de place dans la vie des adolescents des années 90.

Petite illustration du niveau de l’ensemble, avec une vidéo d’une des tentatives de suicide les plus ridicules de l’univers. Pour bien comprendre, cette dame qui commet l’irréparable (enfin normalement), c’est Muriel, la fiancée alcoolique de Philippe. Jalouse maladive, elle essaie d’attirer  l’attention d’un homme qui est quand même le plus droit que la terre n’ait jamais porté. Attention les yeux, il est possible que vous ne vous en remettiez jamais.

La magie de La Philo selon Phillipe réside dans cette gêne permanente mêlée de plaisir coupable. On ressent de la sympathie pour ces pauvres gens jetés en pâture à des prépubères en furie. Par leur manque de talent,  ils parviennent à nous arracher des éclats de rire à chaque réplique. Il y a des moments cultes à la pelle, de l’incompréhension, et de l’admiration aussi. Faire quelque chose d’aussi raté, finalement, c’est presque génial.

Jérémy Coifman.

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