Penny Dreadful

Penny Dreadful saison 1 : L’amour du genre

Posté le 7 juillet 2014 par

On ne l’attendait peut-être pas à ce niveau, mais Penny Dreadful sur Showtime se révèle être un magnifique hommage au genre horrifique et à des supports de diffusion tombant peu à peu en désuétude.

Le passé tient une place prépondérante dans Penny Dreadful, dont la première saison de huit épisodes vient de se terminer sur Showtime. Le récit se situe dans l’Angleterre du 19e siècle, mais pas n’importe lequel, celui des romans fantastiques, des Penny Dreadfuls qui passionnaient des milliers de personnes ou du théâtre Grand-Guignol.

penny dreadful

La fiction de John Logan s’inscrit donc dans une logique du factice, de l’épouvante en vitrine, de train fantôme. Elle nous montre d’emblée ces rues reconstituées, les interprétations outrées, les monstres enfouis, cachés dans l’ombre ou qui sortent du placard. Les personnages demandent aux téléspectateurs, une suspension de leur incrédulité Le temps de huit épisodes, nous devons redevenir des enfants impressionnables. C’est là que réside la grande beauté de Penny Dreadful. Elle invoque un genre disparu, elle se bat contre l’oubli d’une certaine littérature, de ses personnages classiques sans cesse revisités, mais qui perdent finalement de leur identité. La série revient aux origines, en toute humilité.

On y croise le docteur Frankenstein ou Dorian Gray. Pourtant Penny Dreadful ne tombe jamais dans le melting pot kitsch, elle joue plutôt sur la connivence avec son public, y multiplie les clins d’œil appuyés, mais toujours jouissifs. Elle nous donne envie de prendre un livre et d’y plonger à nouveau. Elle stimule l’imagination. Elle renforce les zones d’ombres et les secrets des protagonistes, et pousse de ce fait à s’imaginer des destins. Mais quand est venue l’heure de livrer certaines cartes, Logan ne déçoit pas, n’élude pas pour le plaisir. La série ne se détourne pas de son propos ni de son esprit. Elle ne cherche pas la réflexion sociétale comme American Horror Story, qui se sert de l’horreur à des fins plus politiques. Penny Dreadful ne s’éparpille pas, ne parle que d’épouvante avec passion.

Penny-Dreadful

Bien qu’ils soient très en vogue, le discours méta et le double sens permanent des dialogues se révèlent très touchants. Les personnages sont tous les représentants d’un genre pas toujours brillant, souvent balisé, mais qui recèle de nombreuses perles. Comme le dit le directeur du théâtre à la créature de Frankenstein : « Remember us better than we are » (« souviens-toi de nous meilleurs que nous étions »). La flamme se doit d’être entretenue, le relais doit continuer de passer de mains en mains, même si le genre n’a pas connu que des chefs-d’œuvre.

Cette première saison de Penny Dreadful est une totale réussite. Romanesque, touchante, grand-guignolesque, invoquant autant la tragédie que l’horreur pure, elle permet encore une fois à Showtime de jouer dans une cour plus prestigieuse, moins vide et provocatrice. L’émotion est là, souvent, le frisson aussi, et la deuxième saison déjà annoncée promet énormément. A la fin, on nous demande si nous croyons aux monstres. Avec Penny Dreadful, c’est tout ce qu’on réclame.

Jérémy Coifman.

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3 commentaires pour “Penny Dreadful saison 1 : L’amour du genre”

  1. Penny Dreadful est vraiment une réussite ,je suis d’accord ! Dans l’article il n’est pas fait mention du cast , pourtant primordial dans cet hommage au genre horrifique et judicieusement choisi ! La distribution est marquée par un double come back au premier plan de Timothy Dalton et de Joss Hartnett. C’est aussi LA confirmation éclatante du talent d’Eva Green en Vanessa Ives , mystérieuse, possédée, enjôleuse, »habitée » par son rôle ! La question se pose pour la 2 ème saison : l’équipe artistique dans son ensemble saura t-elle se renouveler dans la continuité ?

  2. oui le cast est formidable. J’ai préféré axé sur ce qui m’avait vraiment ému dans cette saison à savoir cet hommage au genre. Pour la saison 2, ça va être très difficile de faire aussi bien, tout en ne tombant pas dans la redite. Hate de voir le résultat en tout cas !

  3. […] suis tombé sous le charme de Penny Dreadful, son univers mystérieux, son fantastique attachant et son hommage aux histoires effrayantes […]

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