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Outlander : le souffle romanesque

Posté le 9 juin 2015 par

Outlander, tirée des romans de Diana Gabaldon, a terminé sa première saison au long cours. Durant ses 16 premiers épisodes, elle fait preuve d’une grande efficacité dans son mélange des genres et des tons. La série était attendue au tournant par une horde de fans de l’oeuvre littéraire, et Ronald D. Moore, a qui l’on doit le magnifique reboot de Battlestar Galactica, avec cette première saison réussit avec brio son pari

1945, la guerre est terminée, mais les cicatrices sont encore vives pour Claire (Caitriona Balfe),  infirmière sur le front retrouvant son mari Frank après des mois de séparation. Pourtant ce n’est rien à côté de ce qui l’attend, elle sera projetée en 1743 en pleine Ecosse révoltée, au milieu d’un clan aux prises avec l’armée anglaise.

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La reconstitution et la photographie sont très soignées, restituant à merveille une époque révolue :  ce 1945 là a des allures de roman de gare, ces histoires d’amour entre deux êtres que les épreuves ont séparés. Dans un premier temps, Outlander invoque un romanesque presque désuet, celui que l’on pouvait voir dans les sagas du dimanche diffusées sur M6 l’après-midi. Bien vite dans le premier épisode, il va s’opérer une cassure, symbolisant l’ambivalence certaine du show et de son personnage principal. Outlander est autant  un roman à l’eau de rose qu’un formidable récit d’aventures fantastiques.

La série épouse le point de vue de Claire. C’est une femme de 1945, aux vues et au comportement plus avant-gardistes. C’est elle qui part au front, elle qui tient les rênes. Elle demeure une femme pleine de certitudes, qui évidemment vont être ébranlées. Dans son époque elle a le contrôle sur les choses, mais une fois arrivée en 1743, elle découvre un monde qui lui est totalement inconnu, brutal, sale, dans lequel les femmes n’ont évidemment pas la même place. La saison va suivre son cheminement intérieur vers l’acceptation que son statut ne pourra plus être le même, mais qu’il n’est pas nécessaire non plus de perdre son âme. L’histoire est narrée par Claire, elle commente l’action, questionne ses choix et les personnages qui l’entourent. Dans un premier temps, le procédé parait un peu balourd, surlignant les faits, expliquant de manière trop directe ce qui est parfaitement compréhensible à l’écran. Puis peu à peu, le systématisme n’agace plus. Outlander prend le parti de coller au matériau d’origine, de rappeler qu’elle est l’adaptation d’une série de romans. Ce choix permet également de se sentir encore plus proche de Claire, en connivence, plongé avec elle dans ce monde impitoyable et merveilleux à la fois. L’Écosse d’Outlander flatte les rétines, les paysages sont enchanteurs, on joue sur le côté pittoresque, les costumes, les accents, les stéréotypes. Tout cela apparaît tout à fait charmant, donnant un sacré cachet à la série, renforçant ses penchants romanesques.

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Dans le passé, Claire fait la connaissance de Jamie (Sam Heughan), jeune et beau, torturé, mais lumineux. Cette relation qui se développe devient le coeur de la série et l’élève du rang de roman de gare à belle histoire d’amour. On ne reste pas insensible face aux sentiments contradictoires de Claire, qui ne sait pas comment réagir. Doit-elle s’abandonner à lui, même si elle sait que son mari la cherche en 1945 ?

La relation qu’elle entretient avec Jamie continue de creuser un sillon intéressant, celui d’une écriture engagée, n’hésitant pas à questionner la place de la femme dans la société et le couple, multipliant les scènes assez salvatrices : De belles scènes d’ébats passionnés au cours desquels Claire prend le contrôle, mais aussi de nombreuses séquences dépeignant l’asservissement de la gente féminine dans un monde dominé par les hommes. Ronald D. Moore, on le sait n’hésite pas à aborder des thèmes difficiles et c’est encore une fois

Car l’univers d’Outlander n’est pas fait que de vertes prairies et de belles histoires d’amour. On souffre également, le sang coule, énormément. Le show est diffusé sur Starz dont on connait la propension à en montrer peut-être trop , de virer dans le voyeurisme ou la complaisance. Ici, on frôle souvent la limite, on l’atteint même parfois, sans jamais vraiment la dépasser. La violence est justifiée, même si beaucoup de séquences notamment sur les derniers épisodes apparaissent presque insoutenables. Le monde auquel se confronte Claire demeure sans pitié. Cette rudesse est symbolisée par un homme, Jack Randall (formidable Tobias Menzies dans un double rôle), ancêtre du mari de Claire et membre sadique de l’armée Anglaise. Une bonne série d’aventures a besoin d’un antagoniste fort et ici, le personnage apparaît inoubliable. C’est bien simple, on le déteste de tout notre être. L’écriture du personnage parait de prime abord assez lourde, mais au fur et à mesure, il se révèle beaucoup plus complexe que l’on imaginait. L’homme est blessé, fou, en conflit permanent avec ce qu’il est.

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Cette longue saison 1 (elle a été diffusée de Août à mai avec une pause de plusieurs mois) apporte entière satisfaction, nous plongeant dans un univers qui prend le temps de s’ouvrir à nous, avec des personnages tous croqués avec soin, et avec des perspectives très ouvertes et sacrément excitantes. Du roman de gare initial, la série a su évoluer vers quelque chose de plus complexe, plus fort et même parfois sacrément osé. On discutera longtemps du dernier épisode de la saison 1, qui a eu un impact presque aussi fort qu’un épisode de Game Of Thrones.

Starz tient là sa deuxième totale réussite avec Boss, elle qui a souvent été habituée aux séries en demi-teinte. Même si elle cède parfois aux mauvaises habitudes de la chaîne, notamment dans les « scènes de nudité obligatoire », on ne boude pas son plaisir. Outlander est une série soignée, interprétée avec brio, et qui dépeint un folklore que l’on n’a pas l’habitude de voir à la télévision. Puis elle permet de revoir Ronald D. Moore à la tête d’une série, et ça fait vraiment plaisir de le retrouver.

Jérémy Coifman.

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