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The Walking Dead : une violence qui fait débat

Posté le 26 octobre 2016 par

Depuis la diffusion dimanche soir du season premiere de la saison 7 de The Walking Dead, les réactions se multiplient des deux côtés de l’Atlantique.

CET ARTICLE CONTIENT EVIDEMMENT DES SPOILERS SUR LE SEASON PREMIERE DE THE WALKING DEAD.

Il y a bien un souci avec le retour de The Walking Dead. Un problème qui existe depuis les saisons antérieures et le succès grandissant de la série, mais qui prend aujourd’hui une dimension bien plus grande. Negan (Jeffrey Dean Morgan), est entré en scène dans le dernier épisode de la saison 6 et tire la couverture à lui en 1h de présence à l’écran. La violence qu’il déchaîne en si peu de temps, le jeu de mort et de peur qu’il instaure a quelque chose de profondément sadique.

Il joue d’abord de nos pulsions primaires. La pulsion scopique, l’envie de voir, comme on se penche au bord de la route pour voir une voiture accidentée. Alfred Hitchcock a bien exploré ces pulsions dans toute sa filmographie et notamment dans Psychose ou Fenêtre sur cour. Le cliffhanger de la saison dernière, de façon plus malhonnête que véritablement fainéante, laissait le spectateur dans l’expectative. Qui allait succomber sous les violents coups de batte de Negan? Quelle tête allait exploser? D’ailleurs les créateurs jouaient déjà de cette promesse de violence et de ces pulsions primaires. On entendait les os craquer, la chair se déchirer. Et comme un dernier affront à l’intelligence du public, on lui laissait admirer une giclée de sang qui venait sauter au visage d’un Rick tétanisé. Oui, du sang pour appâter le chaland, il ne reste plus que ça pour combler le vide scénaristique qu’est devenu The Walking Dead.

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Negan devient donc par essence l’instrument de torture des scénaristes. Ce ne sont pas les personnages fictifs qui sont ses jouets, ce sont bien les spectateurs qui sont violentés et torturés. Il n’apporte pas la visceralité voulue parce que cette violence apparaît vide de sens. L’homme est un loup pour l’homme est la seule réflexion que The Walking Dead a su survoler durant les 6 saisons déjà écoulées. L’apparition d’un Negan survolté et sadique, n’est qu’un arbre de plus pour cacher une forêt bien défrichée. La question des motivations des scénaristes à filmer frontalement ces exécutions se pose donc légitimement. La violence qui fait le quotidien des personnages n’est pas celle qui apparaît dans ce premier épisode. Comme le dit Matt Zoller Seitz dans cet article sur , la violence se vide de toute substance. Elle devient une fin, non plus un moyen d’exprimer quoi que ce soit.

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A l’heure du fameux âge d’or de la série tv, ce procédé ramène le spectateur plusieurs décennies en arrière. Encore une fois, on peut y déceler une forme de manipulation, qui joue sur l’affect, la nostalgie, l’idée de choses plus simple structurellement. Quand Lost utilisait les procédés narratifs du feuilleton avec habileté et amour du genre, The Walking Dead ne marche que sur le retour en arrière. Ce sont encore ces fameuses pulsions du spectateurs qui sont exacerbées, pas seulement à voir du sang donc, mais aussi à paradoxalement se sentir en terrain connu. Il n’y a pas véritablement de surprises dans cet épisode. Les gens sont venus voir un massacre, Scott M. Gimple le showrunner leur a offert de la cervelle sur un plateau. Les réactions choquées sur les réseaux sociaux et ailleurs sonnent par conséquent comme une forme de protection. Comment se dire au fond qu’on est venu pour voir un massacre, savoir enfin qui mourrait ? Il s’agit bien évidemment, structurellement et de la façon dont l’épisode a été vendu, d’un retour en arrière, au temps où tout le monde voulait savoir qui avait tiré sur JR Ewing (Dallas). Le malaise se trouve bien ici, et non pas dans ces images sans vie. Voir Negan taper sur des personnages sans chair, n’a aucun sens narratif.

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En France, certains journalistes pointent du doigt ce vide, notamment Pierre Langlais et Romain Cheyron (article ici et ici). Preuve qu’au delà des 17 millions de téléspectateurs et des réactions enthousiastes de beaucoup, une voix divergente déjà existante monte encore d’un cran. Cette violence vidée de toute substance met en exergue les difficultés des scénaristes à faire exister leur univers. Les personnages deviennent des pions, des boutons sur lesquels on appuie pour jouer avec l’affection que leur portent les gens. L’exécution de Glenn est la preuve de deux choses : la série ne prend aucun risque et demeure surtout incapable de s’écarter des chemins tracés par le comic book. The Walking Dead devient une série écrite en fonction des gens et de leur réactions, chose la plus dangereuse qui soit à l’heure d’internet. La volonté de choquer devient plus importante que celle de raconter une histoire, de développer des personnages et des situations cohérentes, d’interroger sur le monde qui est le leur, qui est le notre. The Walking Dead est un simple produit de consommation, devient un exutoire dangereux. L’œil exorbité de Glenn après le coup de batte de Negan est une métaphore sanglante du systématisme de la série : la violence éclate pour laisser les spectateurs abasourdis. Le coup de batte est donné. Maintenant, quoi d’autre ?

Jérémy Coifman.

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