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True Detective Saison 2 : La crise de l’auteur

Posté le 24 août 2015 par

On en attendait beaucoup, sûrement bien trop, cette saison 2 de True Detective a provoqué un véritable tôlé médiatique. Deux semaine après son final, il est temps de revenir sur une drôle de saison, malade, mais terriblement troublante.

Bancale, incompréhensible, ridicule, beaucoup d’adjectifs sont souvent revenus sur la toile pour qualifier la deuxième saison de True Detective diffusée sur HBO. Pour beaucoup, impossible de se remettre du choc de la première saison. La comparaison semble en cela inévitable. Pourtant peu de choses en commun avec l’enquête Rust Cohle et Martin Hart, si ce n’est son auteur, Nic Pizzolatto, au centre de toutes les attentions, de toutes les moqueries aussi.

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La première scène de la saison est un interrogatoire de Velcoro (Colin Farrell), flic véreux, raconte une histoire, comme Cohle en première saison. L’auteur nous fait croire à une redite, on sent déjà son ego qui transparaît. Soudain, le policier s’arrête, éteint le recorder, le récit s’arrête là. On passe à autre chose. Pizzolatto nous le dit tout de go, cette saison ne ressemblera pas à la première. Dans un sens il a raison. Après le polar métaphysique moite, nous avons droit à un récit plus aride en milieu urbain, bercé par d’ innombrables plans d’autoroutes grouillantes.  Le récit est incompréhensible ou presque, il est très difficile de recoller les morceaux, les noms tombent et tombent tandis qu’on essaie de démêler les fils.  L’intérêt n’est pas là. L’esprit du scénariste non plus. True Detective 2 raconte l’histoire d’un auteur qui n’arrive pas à gérer l’après saison 1. On le sent aigri, en pleine introspection.

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Au centre du récit, on retrouve quatre personnages : Velcoro donc, mais aussi Bezzerides (Rachel McAdams), Frank Semyon (Vince Vaughn) et Paul Woodrugh (Taylor Kitsch). Ils ne sont pas tous bien développés, notamment le personnage interprété par Kitsch qui passe presque à la trappe. Ce développement hasardeux rend les choses encore un peu plus décousues, mais ce sont dans les grandes lignes dessinées par Pizzolatto qu’on le retrouve totalement. Le passé les hante, mais pas que. Velcoro ne se remet pas du viol de son ex-femme, Bezzerides a une relation trouble avec les hommes, Frank Semyon est un gangster forcé de revenir dans le business tandis que Woodrugh est un homosexuel refoulé.  Les personnages sont fragiles, ils ne parlent que par énigmes ou presque pas, ils avancent à pas feutrés, avec une impression qu’ils sont prêts à s’effondrer à tout moment. Facile à partir de là d’y voir le reflet de l’auteur. Les protagonistes ne sont que l’ombre d’eux mêmes, et Pizzolatto l’est peut-être lui aussi dans cette saison 2. Le cri de désespoir qu’il lance au travers de ses personnages devient presque émouvant.

Traumatisé, forcé ou presque de revenir après un succès incroyable ou forcé de cacher sa véritable nature, Pizzolatto donne l’impression de ne plus être à sa place dans la lumière. Pour exorciser ses démons, il plonge ses représentations, ses marionnettes -et nous spectateurs- dans un tourbillon de malheur sans fin. Le showrunner nous avait prévenu dans les taglines de la saison, nous avons le monde que nous méritons, la saison que nous méritons, la saison qu’HBO mérite, parce que nous avons mis la barre trop haut, parce que la chaîne a mis trop de pression, parce que la première saison était peut-être le chef d’œuvre de toute une vie et qu’attendre plus relevait de l’illusion.

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Cette saison gangrenée par le doute et le mal-être devient de plus en plus fascinante, comme si cette ambiance mortifère nous entraînait, nous hypnotisait. La lenteur extrême de l’ensemble, les fulgurances Lynchiennes, le côté totalement nihiliste, les plans de transitions labyrinthiques, l’intensité des regards, tout cela donne un cachet certain à l’ensemble et pousse le spectateur a continuer. Plus qu’un polar classique, invoquant par moment Elroy, c’est une véritable tragédie ou personne n’est maître de la situation, pas même son auteur. C’est étrange une série qui échappe à son auteur, qui devient une sorte de monstre  difforme mais fascinant. Il y a des scènes très fortes, notamment une fusillade incroyable et une errance dans une partie fine des plus sordides. Il y a des fulgurances tragiques qui touchent, des histoires d’amours condamnées, tout se mêle, la grâce, la saleté, le ridicule, le bancal. Une saison boiteuse, un auteur fragile et bouffi d’ego, mais un pouvoir de fascination qui demeure.

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Cette saison aurait-elle été autant raillée, si elle n’avait pas pris la suite d’un chef d’œuvre ? Non, sans aucun doute. La voir autant bousculée donne envie de la défendre. Pas aveuglément, non, mais en reconnaissant qu’elle dispose d’un casting fantastique et d’une atmosphère hors du commun, bien que la mise en scène soit quelque peu en retrait. Pizzolatto, brouillé avec Fukunaga, le réalisateur de la première saison, semblait vouloir prouver encore une fois qu’il pouvait réussir sans lui, tout seul, comme un grand, avec un réalisateur beaucoup moins affirmé dans le style ( Justin Lin) et en ajoutant d’autres metteur en scène de la maison HBO. Imparfaite et malade, consciente de foncer droit dans le mur mais continuant de rouler, cette saison marque quoi qu’il arrive, et sera à n’en point douter,réévaluée.

Jérémy Coifman.

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