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Sense8 : l’empathie comme réponse

Posté le 14 juin 2015 par

Sense8 des Wachowski  et Straczynski est une magnifique réponse au cynisme de la production actuelle et un des plus beaux rejetons de Lost, la série de Damon Lindelof et Carlton Cuse.

Il y a un lien entre ces huit personnes venant de plusieurs pays autour du monde, c’est Jonas (Naveen Andrews) qui est leur Morpheus, communiquant avec les « élus » et tentant de leur indiquer le chemin à suivre. Ce lien se révèle bien mystérieux. Ils ont comme sept versions d’eux-mêmes, peuvent interagir avec la vie de l’autre à plusieurs kilomètres de distance. Ces personnes ne se connaissent pas, pourtant quelque chose de fort les unis, ils peuvent changer le monde. Une entité mystérieuse cherche à les arrêter. Sense8 ne parle pratiquement que de cela : le combat de l’empathie et de la candeur face à l’égoïsme et au cynisme.

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Les personnages sont confrontés dans leur quotidien à des gens qui tentent de changer ou d’influer sur leur nature profonde : Nomi a une mère qui n’accepte pas son changement de sexe, Wolfgang et son père, Kala et le mariage forcé, Sun et sa relation familiale, Lito et son homosexualité refoulée. Sense8 est traversé par cette notion tout à fait Lostienne du bagage émotionnel qui  façonne et alourdi la vie du personnage. Les 12 épisodes seront autant une quête de rédemption, d’acceptation de soi, qu’une découverte de leur nature. Au fur et à mesure, ils vont se découvrir eux-mêmes en découvrant les autres auxquels ils sont liés. Comme Lost et ses rejetons (Heroes, Touch), Sense8  est une série globalisante, se déroulant sur plusieurs continents, faisant la part belle au voyage et à la découverte des autres cultures.

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Ces personnages, l’humanité, demeure au centre de l’intrigue. La mythologie n’est qu’effleurée, on sent que ce n’est pas ce qui importe aux Wachowski. Le parti pris est à la fois excitant et terriblement risqué. Mais on le sait, les réalisateurs vont toujours jusqu’au bout, pour le meilleur et pour le pire. Ici, ils conjuguent leurs influences, et surtout continuent de creuser leur sillon. Sense8 est une prolongation de Cloud Atlas, grand film lyrique et humaniste qui liait les âmes à travers les âges et les cultures. Encore plus osé, la saison entière se révèle être une introduction à part entière, prenant le temps d’approfondir les personnages et le lien qui les unit. Comme le film avec Tom Hanks, Sense8 permet l’exploration de cultures, mais aussi de genres. Chaque personnage ou presque représente un genre, le thriller, la comédie, la chronique, le film de gangster, puis évidemment la symbiose de tous finit de faire basculer la série dans la science-fiction.

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Le message humaniste, et de la connexion entre les cultures peut prêter à sourire, tant il parait naïf, pourtant une série comme celle-ci n’a jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui. A l’heure où le cynisme est devenu une solution de facilité, Sense8 et par extension le cinéma des Wachowski, s’apparente à un véritable geste punk. D’ailleurs le doigt d’honneur au cynique est clair, comme cette magnifique scène dans laquelle Wolfgang seul sur scène insulte son père riant de le voir au micro.

Larry et Lana, comme leurs personnages ont fait un choix, celui de l’empathie. Il est énormément question de choix, de libre arbitre dans Sense8. Les Wachowski, et ne l’oublions pas Straczynski, invitent le spectateur à faire de même. Comme pour la pilule bleu et la pilule rouge que Morpheus tend à Neo dans Matrix, le choix est simple : entrer dans l’univers, faire le choix de l’empathie, de la symbiose, mettre son cynisme au placard, ou bien se mettre de l’autre côté, celui de la mère de Nomi qui n’accepte pas sa vraie nature, du futur beau père de Kala qui n’accepte pas les croyances des autres. Sense8 est très tranché, très manichéen, mais on a envie d’y croire quand on voit tous ces personnages s’unir, mentalement faire l’amour et fusionner lors d’une orgie dionysiaque mémorable et quasiment inédite à la télévision. Dans la série, les barrières tombent quelles qu’elles soient et on touche au sublime. L’utilisation de la musique, compositions originales et chansons, est intelligente et sensible, donnant à certaines séquences, un caractère inoubliable.

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Au-delà du discours humaniste, il y a un rapport à l’art qui se révèle véritablement émouvant parce que sincère et totalement en accord avec le reste. Sense8 nous énonce qu’au delà de l’amour, c’est l’art qui nous lie, qui nous permet d’élever nos âmes. Encore une fois, on pourrait pouffer de rire, pourtant le discours touche en plein cœur. La série nous montre la beauté est partout. Il n’y a pas de forme inférieure d’art. Les personnages trouvent de la beauté dans une symphonie, devant un tableau de Diego Rivera, mais aussi devant un film de Jean-Claude Van Damme ou un combat de catch. Ce discours peut paraître simpliste, pourtant il apparaît vraiment salvateur. Autant de bienveillance, d’humilité et d’ambition émeut, donne envie d’y croire, on se laisse porter, on s’intéresse à tous ces personnages, on apprend à les connaître, les comprendre et on finit par les aimer. Le lien qui se crée entre eux est aussi fort que le lien qui nous unit maintenant à eux.

Sense8 est une très belle série, atypique, qui ose tout,  surtout la candeur. On en ressort conquis, heureux. En allant un peu plus loin, on peut même parler de petit miracle. Un coup de maître pour Netflix.

Jérémy Coifman.

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4 commentaires pour “Sense8 : l’empathie comme réponse”

  1. Je n’ai lu qu’en diagonale la critique, de peur de me faire spoiler [des éléments de] la série, mais les deux dernières lignes ont attiré mon attention, d’autant que je n’avais lu jusque là que des critiques plutôt mitigée. Commençant à connaître vos goûts depuis plus d’un an 😉 j’ai pris le pari de vous suivre et… j’ai beaucoup aimé les 2 premiers épisodes. Certes, ce n’est que 2 épisodes, mais l’ambiance et l’attention portée aux personnages me plaisent beaucoup.
    Bref, à suivre (et il va peut-être falloir que je finisse par regarder Cloud Atlas).

  2. Bientôt 2 semaines que j’ai terminé la série, avalant d’une traite les 12 épisodes en à peine plus de 48h, oubliant cependant de revenir poster ici mon avis. Mais que dire de plus, ayant cette fois lu attentivement votre critique qui résume à mon sens parfaitement ce que j’ai pu ressentir en regardant cette 1ère saison.

    J’étais pourtant très dubitatif au départ, tant en raison des critiques mitigées vu ici ou là (mention « spéciale » à Pierre Sériser qui est passé totalement à côté et qui devrait cesser de tout vouloir tristement intellectualiser) que du dernier film des Wachowski, Jupiter Ascending, dont j’ai trouvé le scénario, les dialogues et la direction d’acteurs assez navrant, alors que l’on sentait qu’un superbe travail avait été fait sur monde et son backgroung (en gros, comme pour Matrix 2 et 3).
    La meilleure chose à faire, quand comme moi on n’a pas vu Cloud Atlas, est alors peut-être justement d’oublier qu’il s’agit d’une oeuvre des Wachowski (même si la série revient en permanence sur ce qui semble être leur thème de prédilection, la quête de sens et de l’identité, à commencer par l’identité sexuelle). Ceci fait, on peut alors se laisser porter et gagner par l’émotion lors de toutes ces « rencontres » imaginaires et réelles à la fois.

    J’ai beaucoup pensé sinon à The Leftovers, sans cependant savoir réellement pourquoi. Peut-être simplement parce que l’on suit une histoire qui part d’un fait mystérieux mais qui ne cherche pas à expliquer le pourquoi, juste à accompagner les personnages qui doivent vivre avec.
    Cependant, là où les personnages de Leftovers m’ont accompagné pendant des mois, je ne pense pas retrouver ce sentiment avec ceux de Sense8. Non pas à cause de la qualité de lé série, mais à cause du modèle de diffusion de Netflix. Et c’est sans doute le plus gros « regret » que j’éprouve. Sense 8 aurait à mon avis tiré un plus grand bénéfice d’une diffusion classique. Là où (pour ceux qui ont vu la série en même temps que la diffusion) on accompagnait les protagonistes de Leftovers pendant 10 semaines, prenant ainsi le temps de s’attacher à eux, j’en avais terminé avec ceux de Sense 8 au bout d’un week-end, leur disant déjà au revoir alors que je commençais à peine à follement les aimer.

    Bref, merci beaucoup pour m’avoir donné envie de regarder cette très belle série.

  3. J’ai enfin vu Cloud Atlas, et j’ai beaucoup aimé ! Très beau, très bien monté, très bien joué. Merci donc, car sans votre critique de Sense8, je ne l’aurais jamais regardé.
    À se demander comment ils ont pu commettre ensuite Jupiter Ascending…

  4. […] à ce moment où le récit, le rêve, deviennent la clé pour sauver le réel. On peut penser à Sense8, mais là ou les Wachowski tentent d’unir les individus dans une virtualité qui serait presque […]

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