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Profiler- Episode 4 : Don Draper (Mad Men)

Posté le 25 mars 2015 par

Mad Men, la série de Matthew Weiner, tire sa révérence à partir du 5 avril. En sept saisons, Don Draper s’est imposé comme un des plus marquants personnages de l’histoire.

ATTENTION : SPOILERS 

Don Draper (Jon Hamm) est grand, imposant, séduisant. Il fait tourner la tête des femmes avec sa coiffure toujours impeccable, ses costumes hors de prix et sa cigarette qu’il allume avec classe et distinction. Il est marié à une magnifique femme, Betty et est le père de trois enfants. Dans l’agence de publicité qui l’emploie sur Madison Avenue à New York, on le voit comme un héros, un homme que rien n’arrête, avec un tel charisme et une telle confiance en soi qu’il semble inébranlable. Les femmes, secrétaires, y voient un excellent parti, les hommes le prennent comme modèle, aimeraient pouvoir entrer dans les chaussures de Donald Draper, ne serait-ce que pour un jour. C ‘est fou ce qu’il en impose, Don. On se demande ce qui peut arrêter son ascension. Puis on le regarde  dans les yeux, on l’observe réellement. On finit d’être ébloui par son charisme fou, sa voix grave impressionnante et l’intelligence avec laquelle il gère ses présentations à l’agence. On le contemple, assis à son bureau, sur son trône où il attend à longueur de journée, un verre de Whisky à la main.

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Ce qu’on y voit surprend. Au-delà de l’apparat, on distingue le désespoir et la solitude, l’amertume et la peur, le mal-être. On a beau le voir jouer la comédie devant ses collègues, sa femme, on ne voit plus le Don Draper vainqueur. Il a toujours l’air fatigué, malade. Il soupire beaucoup, boit plus que de raison, fume comme un pompier. Seul, Draper n’est plus le même. Le problème est qu’il est toujours seul. Il n’a pas l’air à l’aise dans ses vêtements, son déguisement, il réajuste sa veste, sa chemise, son chapeau, tousse un coup. Sa démarche assurée devient pataude. Dans les petits couloirs étroits de l’agence Sterling/Cooper, il a du mal à évoluer, trop grand, pas à sa place dans cet univers qui semblait lui appartenir. En réalité, Draper ne trouve sa place nulle part. Sa maison de banlieue, sa femme, tout droit sortie d’une publicité deviennent une prison, ses petits polos du dimanche et ses conversations entre amis ressemblent à une sitcom de l’époque. Personne ou presque ne le connaît vraiment. Il multiplie les aventures extraconjugales, n’assume en rien la position qui est la sienne, il se contente de jouer un rôle, arborant ses costumes de scène, souriant quand il faut, et pleurant seul.

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Son premier déguisement, c’est son identité. Donald Draper n’existe plus. Il est mort pendant la guerre de Corée. Avec lui se trouvait Dick Whitman, jeune engagé, ayant grandi dans un bordel, fils de prostituée. Il a vécu dans le désœuvrement, il a connu la grande dépression, il est loin de toute cette opulence New-Yorkaise. Son enfance ressemble à un roman de Steinbeck. Alors, quand il a été blessé et que le lieutenant Draper est mort à ses côtés, Dick a choisi de recommencer à zéro, de s’inventer une nouvelle histoire, en espérant que tout soit différent, plus beau, moins sale. Il devient le self-made man, parti de rien et arrivé au top de l’échelle sociale. Évidemment on le sait, et lui aussi, qu’au fond, il reste toujours Dick. C’est ce qu’on aperçoit au fond de ses yeux, la tristesse de ne pas pouvoir changer, le sentiment d’impuissance  plombant lorsque l’on comprend qu’on reste le même, peu importe l’enrobage.

Il a beaucoup à se reprocher. Don Draper n’est pas un homme bien. Sa solitude et son histoire provoque une empathie certaine, mais ses actes dérangent. On se retrouve souvent à questionner ses  choix et à lui en vouloir beaucoup. On a envie de le secouer et dans le même temps de le prendre dans nos bras et lui dire que tout ira bien, qu’il se rende enfin compte qu’il se complaît dans son malheur et que son attitude le tue à petit feu. Don Draper devient plus qu’un personnage, une proximité se créée, le grand bonhomme impitoyable se mue en petit oiseau tombé du nid en un éclair, en une phrase prononcée, en un regard. Pour le spectateur, c’est un personnage passionnant parce qu’il provoque des sentiments contradictoires, à l’image des plus grands, comme Tony Soprano ou Walter White. Il suit d’abord une pente dangereuse, autodestructrice. Rongé par la culpabilité et le doute, il ne se rend pas forcément compte qu’il détruit plus ou moins tous ceux qui l’approchent de près ou de loin. Lui ne pense qu’à sa lente consomption, veut en finir, ne se pardonnant rien, mais en continuant de faire du mal.

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Le parcours de Don/Dick est magnifique parce qu’il est traversé d’éclairs lumineux. D’un plan marquant de Don observant l’abysse sans fin d’une cage d’ascenseur, on passe à celui de l’homme et ses enfants face à la maison dans laquelle il a grandi. On finit par croire qu’il va s’en sortir, qu’il va enfin faire la paix avec lui-même. Notamment lorsqu’il avoue tout, en pleure, lors d’un speech à l’agence. On se fixe sur son visage, enfin, Don n’est plus. Reste Dick, les yeux bouffis avouant des années et des années de mensonges. Cette quête de rédemption du personnage est magnifique. On ne sait pourtant pas comment finira Don Draper, on a peur de le découvrir. Malgré les mauvais choix, il reste un homme meurtri pour lequel on ressent un grand attachement.  Au début de saison 7, il regarde Lost Horizons de Capra,  mettant en scène des personnages victimes d’un crash d’avion et découvrant une société presque idéale, et lors du dernier plan de la série jusque-là, il revient brutalement à la réalité après avoir fantasmé son ancien patron. Dans ces deux moments réside l’ambivalence de Donald Draper, et ses trajectoires possibles. Ils définissent à merveille l’état duquel il n’arrive pas à sortir, malgré sa volonté maintenant claire d’échapper à cette spirale infernale. Ses craintes sont les nôtres, et il reste sept épisodes pour connaître le fin mot. On a envie de voir Don heureux, vraiment heureux, le voir marcher d’un pas assuré, de faire ce qu’il a réellement envie de faire. Huit ans qu’on le connaît Don, on l’aime.

Jérémy Coifman.

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