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De la résurgence des Reboots/Remakes

Posté le 7 avril 2015 par

Ce n’est pas un procédé nouveau dans l’industrie télévisuelle et cinématographique Américaine, les reboots et remakes sont monnaie courante. Ils semblent aujourd’hui autant déranger qu’exciter le spectateur. Petit billet d’humeur sur le phénomène.

Il y a quelques jours, on apprenait que Netflix viserait une nouvelle saison de 13 épisodes pour Full House, la comédie à succès qui dura huit saisons sur ABC. On atteint là un point culminant dans l’entêtement des studios à vouloir faire du neuf avec du vieux. On tente de remettre au goût du jour des séries qui en leur temps n’étaient pas de bonne qualité. Il y a dans cette multiplication de projets de reprise de séries un aveu d’impuissance autant qu’un titillement de la fibre nostalgique des téléspectateurs. 

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Le secteur créatif est pointé du doigt, conspué, mais ce sont chez les exécutifs qu’ils faut voir la racine du problème. L’heure n’est plus aux prises de risque (il n’y a qu’à voir la trajectoire très « cbsienne » de NBC pour s’en convaincre), le temps des expérimentations est révolu. On ne prend que très peu de risque. On se repose sur des acquis qui sont parfois très discutables, je pense notamment à la volonté de reprise de Prison Break, qui sur sa fin faisait des audiences faméliques. Cependant l’aspect économique, ce jeu des nombres ne m’intéresse que très peu. Je suis cela parce que ce sont les chiffres qui dictent l’avenir des projets et des fictions que j’apprécie. Le sous-jacent attise ma curiosité, ce que cette résurgence de reboots/remakes dit sur le monde du spectacle actuel, sur notre manière de consommer des séries. On peut même aller plus loin : que dit cette période sur l’état de notre société ?

Les reboots/remakes sont monnaie courante, on le sait, je l’ai déjà dit. Mais jamais, il n’y aura eu autant de projets, de discussions, nous rappelant à notre passé. Cette vague a lieu à la télévision, mais aussi au cinéma, qui s’amuse depuis pas mal d’années maintenant à refaire les années 80, se rappelant au bon souvenir du cinéma de l’ère Reagan, en l’actualisant souvent pour le pire. Ces films et ces séries arrivent à un moment où l’entertainment est dominé par les films de super héros. Après le 11 septembre, le terrorisme, la crise économique, le succès de Marvel n’a rien d’étonnant dans le contexte actuel, les avengers et autres Guardian of the Galaxy servent d’exemples. On voit les acteurs rendre visite aux enfants malades, ils offrent un réconfort. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien si la même formule est utilisée ad nauséum et qu’elle continue a obtenir le même succès : on s’y sent bien, pas de surprise.

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Les reprises de séries jouent sur le même mode. Pour les producteurs c’est du pain béni, on reprend un concept qui a fait plus ou moins ses preuves, et on prolonge l’expérience, on fait revenir des héros familiers, on veut offrir au téléspectateur ce confort que les super héros apportent. On voit les réactions partagées sur les réseaux sociaux, cette vague fait réagir. Moi-même, je suis mitigé. Je n’aime pas spécialement l’idée de faire du neuf avec du vieux, cela marque un certain manque de créativité, un souffle qui s’est perdu. Pourtant, quand le retour de X-files a été annoncé, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir une grande joie, une chaleur qui me ramenait à mon adolescence et à la découverte, éberlué, de la première saison de la série de Chris Carter. On ne peut rien faire contre la nostalgie, quand elle est là, qu’elle nous assaille, on y cède. Les chaînes partent à la pêche. Ils annoncent des projets, posent les appâts, tentent de vendre le passé, et nous attrape. Il n’y a qu’à voir les réactions à l’annonce de la suite de Twin Peaks (et du départ de Lynch) pour s’en convaincre. On joue sur la nostalgie, sur le temps révolu, mais aussi sur les fantasmes sériels, sur les choses qui n’ont pas pu être faites, sur les actes manqués qui peuvent plusieurs années plus tard se concrétiser. Je pense outre Twin Peaks à la commande d’une nouvelle saison d’Arrested Development par Netflix. On répare les torts, on crée un espoir souvent déçu, on convoque toutes les madeleines de Proust, les calendriers sériels des chaînes ressemblent de plus en plus à un cimetière hanté dans lequel les morts reviennent à la vie. L’ambiance devient mortifère. Passée la nostalgie, le souvenir que l’on garde de nos séries, cette petite chaleur que l’on ressent finit par s’estomper. Il ne reste que la mort qui rôde, les projets ambitieux et originaux qui sont tués dans l’œuf, notre passé irrécupérable. 

X-Files-David-Duchovny

Quelque chose de profondément dépressif ressort de tout cela. Pas de notre fait non, les chaînes sont en crises existentielles, ne sachant pas forcément ou se positionner, ne pouvant pratiquement plus créer, semblant dans un état de doute permanent, n’osant pas se reconstruire. On reste bloqué entre passé et présent, on n’invente plus. Évidemment, l’émergence de nouveaux modes de visionnage, et d’acteurs sur le marché stimulent et créent une certaine émulation, mais cela pousse surtout les chaînes à s’aligner, faire comme le  voisin. On uniformise, on stigmatise les différences, on ostracise l’audacieux, on consomme une série comme du fast-food, on produit, on analyse moins. Les séries d’hier ne renaissent pas, dans le sens miraculeux du terme. On les exhume, on affiche leur dépouille à qui veut la voir. Il y a quelque chose d’indécent à cette entreprise. On pense au Dr Frankenstein et à sa créature, un assemblage de peaux mortes. On sent le rance, mais on est toujours tenté d’y jeter un coup d’oeil quand même. Comme le dit Rick dans The Walking Dead, c’est peut-être nous les « mort-vivants ».

Jérémy Coifman.

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Un commentaire pour “De la résurgence des Reboots/Remakes”

  1. […] sur des millions ou milliards d’entrées. Enfin, il est indispensable d’admettre que ces films sont attendus et aimés par un large public. Ils ne sont pas – tous – mauvais et délivrent régulièrement des pépites en matière de […]

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